MADE-IN-NBA/ 18 février 2008 / 02:11

ASVEL ET NBA (3e partie)



nba asvel
La suite et la fin de l’interview d’Antony Thiodet, directeur général de l’ASVEL. Cette troisième partie résume la philosophie et la stratégie du club. Elles ne peuvent laisser indifférents. C'est un véritable combat contre l'ordre établi. Villeurbanne, présente sans discontinuer depuis 60 ans au plus haut niveau français, est plongée à fond dans le XXIe siècle. Il sera passionnant de suivre l'évolution des événements dans les mois à venir.

Il y a trois ans Nar Zanolin, directeur de la FIBA Europe, disait dans Maxi-Basket qu’il ne croyait pas à une NBA en Europe, sachant que les Bobcats avaient payé 400 millions de dollars pour disposer de la franchise, qu’il faut ensuite 60-70 millions de salaires annuels pour les joueurs, 5-10 pour l’administration, plus la salle, et qu’il faut la remplir 41 fois par an, à 150-200 dollars la place, même si l’équipe est dernière. Bref, qu’il n’y a ni les investisseurs, ni le potentiel spectateurs. Zanolin estime que David Stern fait périodiquement des effets d’annonce uniquement pour maintenir le buzz.

« Quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la rage. C’est bien ça que dit le proverbe non ? Entendre un haut dignitaire de la FIBA dire qu’on ne dégagera jamais assez de richesses en Europe pour développer le basket ne suffit-il pas à expliquer nos difficultés ? Mais s’il ne croit pas au basket, qu’il démissionne. Et d’autres prendront sa place et privilégieront peut être un peu plus l’intérêt du basket à leurs petits intérêts individuels. En d’autres termes, tant que le basket restera ce qu’il est, alors les médiocres qui trop souvent le gouvernent pourront continuer à parader dans les palaces et à passer d’un cocktail à l’autre. N’attendons pas de ceux-là qu’ils changent la donne.

Nous avons envie d’autre chose pour le basket. Parce que le basket le mérite. Et parce que le basket en a le potentiel. Quand on est le deuxième sport en Europe, représenté de manière homogène dans tous les pays hormis le Royaume Uni, on ne peut pas se satisfaire de la position que nous avons. Il nous faut de l’ambition. Pourquoi n’y aurait-il pas matière de développer dans les grandes villes européennes, parfois bien plus puissantes économiquement qu’un San Antonio ou qu’un Milwaukee, une économie suffisante pour construire de grands projets basket ? Quand on a mis en œuvre nos démarches marketing à l’ASVEL, nombreux sont ceux qui ont dit que cela ne marcherait pas. Mais en quatre ans on est passé de 3.200 spectateurs de moyenne à plus de 5.000. Et le ticket moyen a cru de près de 80% tout en maintenant des places à 6 € pour les licenciés de basket. Alors ok on est encore loin des standards requis. Mais on a 10 ans pour gravir les marches et s’en approcher. Et on a quand même généré 580.000 € de recettes billetterie lors de la venue des Spurs, soit la moitié de la recette d’une saison entière de PRO A et de Coupe d’Europe !

La clé c’est la salle. Avec une salle facile d’accès, confortable, bénéficiant de toutes les commodités, équipée d’écrans géants, on peut rendre une meilleure prestation au public et solliciter une plus grande contribution de sa part. Même si encore une fois il faudra préserver des places bon marché, comme c’est d’ailleurs le cas en NBA. Une fois qu’on a la salle, et en mettant en face une force de ventes adaptée parce qu’on sait bien que les gens ne viendront pas spontanément en nombre suffisant, on peut développer une économie suffisante à nourrir des ambitions sportives. D’autant que la masse salariale évoquée par Zanolin peut être revue à la baisse en faisant le pari que certains des meilleurs joueurs européens préfèreront sans doute rester dans une franchise NBA européenne à moindre salaire plutôt que de cirer le banc ou de se voir « dégazé » en NBDL. Enfin, je crois David Stern suffisamment intelligent pour éventuellement envisager des mesures transitoires, soit une ligue de développement qui donnerait le temps aux franchises européennes de se développer.

Encore une fois, plutôt que de jeter le voile du doute sur les propos de Stern, réjouissons nous en. Utilisons l’intérêt qu’il nous porte comme un moteur de notre développement. Plutôt que de parler d’effets d’annonce, parlons de perspectives réjouissantes. Cessons de dire par principe que les choses sont impossibles. Et la presse a son rôle à jouer en la matière. Parce qu’alors on arrête de faire avant de commencer. Et le basket mérite autre chose. »

S’il y avait effectivement une NBA en Europe, Lyon pourrait-elle ravir à Paris la place qui lui va de droit, mais que la capitale ne peut assumer tant qu’elle n’a pas de projet de grandes salles. Ou alors la présence de deux villes françaises est-elle compatible ?

« Idéalement, il faut une franchise à Paris. Cela améliorera l’attractivité du basket à l’égard des médias. Mais comme je ne suis pas sûr qu’il y ait de la place pour deux, et bien je m’attache à ce que l’ASVEL soit le candidat naturel pour la France qui constitue un marché clé aux yeux de la NBA. Et qui donc hébergera une franchise, pour peu qu’il y soit construit une salle. A Lyon bientôt ! »

Nous sommes en février 2008. Dans dix ans l’ASVEL sera dans une NBA Europe, une Euroleague fermée ou dans une Superligue française ?

« Si la Superligue française est envisagée par une réduction à 12 clubs, voir 10, choisis sur des critères structurels et économiques, je me vois bien en Superligue. Mais j’ai cru comprendre qu’on ne prenait pas cette direction. Et alors j’ai peur que le basket français continue de s’éteindre à petits feux. Et moi la mort lente, c’est pas mon projet. Ni celui des actionnaires du club. Aussi, nous nous préparons aux scénarios alternatifs. L’Euroleague fermée a dépassé le stade du projet. La mise en place des tickets sur trois ans a constitué un premier pas. Par la mise en œuvre du cahier des charges 2009, on sautera à l’étape suivante. C’est un projet intéressant en ce qu’il pourrait être compatible avec les championnats nationaux, comme par exemple la ligue Adriatique avec les championnats nationaux des ex pays yougoslaves. Enfin si la NBA Europe venait à voir le jour, alors c’est à cela qu’il faudrait prétendre. Non ? »

Commentaires

1. Le 18 février 2008 à 09:53

Passionnant à lire et surtout heureux de voir qu'il y a un club en France qui se bouge pour que notre basket se développe dans notre pays... Marre des discours "On peut rien faire, on n'a pas d'argent, le foot est trop puissant". C'est vrai que le foot bouffe beaucoup de place alors raison de plus pour se structurer, se bouger, pour aller chercher des partenaires, des investisseurs, des spectateurs, pour proposer un vrai spectacle... En un mot pour être novateur. Le rugby a en partie réussi ce pari là alors que ce sport ne concerne qu'un tiers de France... Alors merci pour l'interview, à envoyer à tous les présidents de notre Pro A (pour ceux qui ont Internet !!!) et que l'ASVEL continue sa structuration et de travailler sur ces grands projets qui lui permettront de grandir plus vite et de prendre le bon train en marche... Espérons juste que d'autres clubs français s'en inspirent. Mais très honnêtement j'en doute...

2. Le 18 février 2008 à 11:15

Effectivement ce billet est passionnant

3. Le 18 février 2008 à 12:51

bravo a l'asvel!!

je suis d'avignon et je suis pret a les suivre encore plus car leur projet me plait beaucoup

4. Le 18 février 2008 à 16:47

Je vais faire l’avocat du diable ou mieux dit l’oiseau de mauvais augure, mais je ne crois pas trop à ces paroles qui me font penser
vulgairement à du marketing « one shoot ».

Depuis la fin de l’ère Reybier, le budget de l’ASVEL est à la peine. Alors pour oublier le présent, on essaie de faire rêver : en 2003, on a parlé
du Final Four 2008 ; puis dès 2006 on veut une salle du haut standing européen en essayant d’abord de créer le besoin.

Le risque étant de bien évidemment de se mettre à dos les pouvoirs publics qui n’apprécient pas ( à raison ) qu’on leur
mette la pression.

Quant à la NBA, je partage l’avis de Nar Zanolin : ici on pense d’abord business. Stern dit depuis 1993 qu’il veut implanter des franchises NBA
En Europe….et chaque gros club selon sa situation utilise cet argument pour mettre plus de poids dans son discours. Des fois que ça marcherait.

Mine de rien, les visionnaires c’était « l’ennemi palois » et son palais des sports ( 2ème salle nationale avec 7800 places )

Dur, dur de vouloir jouer dans la cour des grands.

5. Le 19 février 2008 à 09:05

A mon sens, Thiodet a raison sur de nombreux points. Sauf un : le prix des places. Que l'ASVEL ait pu faire un "carton" à l'occasion de la venue des Spurs est un chose - en l'occurrence c'était un "one shot". Que l'on puisse mener une politique de 40 matchs à 100 ou 150 Euros la place, je n'y crois pas. Tout bêtement parce que les gens n'ont pas les moyens ! Ou alors une fois dans l'année, pas deux. Et les places à 10 Euros (estimation) pour se retrouver tout en haut des gradins et voir des fourmis de 2 mm galoper dans tous les sens, ça m'étonnerait que ça plaise longtemps...
C'est pas pour jouer au pisse-vinaigre, je suis tout à fait d'accord sur le fait qu'il faut bouger le basket si l'on veut qu'il subsiste. Et je pense que Thiodet a une analyse tout à fait correcte. Même si, quelque part, les ligues fermées me chiffonnent. Je préfèrerai toujours un "championnat de France" à toute autre forme de rencontres. Sauf bien sûr si l'on fait dans le ridicule façon 12 poules de 8 pour plaire à tout le monde (ou presque...).
Mais l'idéal, ce serait d'avoir une ligue et une fédé qui se bougent, en dehors des intérêts particuliers et avec un même objectif : faire progresser le basket. On peut toujours rêver, non ?

6. Le 20 février 2008 à 22:07

Comme le notent certains, c'est intéressant de voir un DG qui se remue, qui a des idées et de l'ambition pour son club. J'invite René Le Goff, désarmant dans sa façon d'annoncer que la Ligue est en panne sèche d'idées (cf Maxi-Basket de janvier), à contacter Antony Thiodet, qui doit bien en avoir quelques unes en rab' à lui passer, histoire de meubler la prochaine décennie. Parce que côté Ligue, ça fait des années que l'on ne voit rien venir. Pendant ce temps, le rugby et ses 220.000 licenciés nous piétine, au sens propre et figuré.

7. Le 21 février 2008 à 23:11

Je suis globalement OK avec ce que dit A.Thiodet. Mais il me semble que dans les faits, non seulement on n'avance pas, mais qu'on recule.
Pour que le basket progresse, il faut passer par une ligue fermée pour que des investisseurs à long terme aient l'envie de s'y investir. Mais quand on voit ces tristes chamailleries pour repasser à 18 clubs pour sauver untel ou untel, ça va en sens inverse. De même lorsqu'on voit que le pré requis au niveau capacité des salles a sauté. Je ne suis vraiment pas optimiste. Il va falloir qu'on se contente de voir se traîner Roanne, Le Mans ou un autre en euroleague pendant un bout de temps.

8. Le 12 juillet 2008 à 17:28

Eh bien je pense qu'il est nécessaire de reparler d'asvel, vu qu'ils sont plus conerné que jamais avec cette euroligue semi fermée...

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