MADE-IN-NBA/ 28 février 2008 / 00:22

Le Da Vinci Code



trash talking
Question: les basketteurs ne seraient-ils pas un peu frimeurs? Moi le premier d'ailleurs...


Rei ! Hajime ! Soremade ! Obi !

A moins d’être citoyen japonais, d’avoir fait langues o’, ou plus sûrement d’être ou d’avoir été judoka, je ne vois pas comment vous sauriez qu’il s’agit là du « salut », de l’ « annonce de l’arbitre marquant le début d’un combat de judo », de la « fin de ce même combat », et de la « ceinture du judoka ».

J’avoue, moi qui n’ai jamais mis les pieds nus sur un tatami, ne RIEN comprendre à ce sport de gens en blanc, au regard sombre, qui sont perpétuellement en train de rhabiller, et dont la couleur de la ceinture fait office de galons. Tout ce que je sais, c’est que David Douillet était un champion qui a rapporté un max’ de médailles d’or à la France, et de pièces jaunes à la femme de notre ancien président de la République, celui qui était le beau-père d'un judoka célèbre mais qui préfère le sumo (vous avez suivi?). Donc, je ne sais même pas quand l’un des deux combattants a gagné, sinon qu’il bondit de joie et va embrasser son entraîneur, le staff, et tout ses potes. Je dirai même plus : leur jargon aux judokas rend pour moi (pour nous, n’est-ce pas ?) cette discipline totalement ésotérique. C’est comme si vous tentiez de m’expliquer la théorie de la relativité ou le mystère de la Sainte Trinité.

Le basket, pour un profane, c’est pareil. Oui, je n’exagère pas, c’est kif kif bouriquot. Sauf que l’anglais est une langue plus répandue à l’étranger que le japonais (sauf dans les boutiques Vuitton ;-)). Donc, on peut traduire un mot, et même deux ou trois à la suite, ce qui ne veut pas dire forcément qu’on en comprend le sens. Prenons « Air ball ». Facile. « Air et ballon ». Donc « ballon en l’air » ou quelque chose comme ça. Tout basketteur sait depuis, une vingtaine d’années, je vous assure pas plus, grâce aux magazines spécialisés, à George Eddy et ses disciples, que c’est en fait l’action où le ballon, sur un shoot (à orthographier normalement shot) ne touche ni le cercle, ni le panneau. Rien. La honte absolue. D’ailleurs, lors d’un match de collégiens, les fans adverses chambrent le fautif d’un « Air ball ! Air ball ! » à donner envie de vous réfugier sous le parquet ! Mais croyez-vous que votre crémière, le prof de maths ou PPDA sait ce qu’est un « Air-Ball ». Si c’est le cas pour le prof, vous devez aimer les maths… :)

D’autres sports, moins exotiques que le judo ont leur propre langage. « Corner » en foot, « passing shot » au tennis (observez qu’ils l’écrivent avec un seul o, eux), roucoulette et chabala au hand (tiens, c’est en français). Mais quel sport universel possède une terminologie aussi abondante et nébuleuse que le basket-ball ? Brick, clutch player, triple double, in the zone, role player, trash talking… Etc. Etc. J’ai noté, par exemple, que le mot tendance est « Combo guard ». Pas « guard », pas « 1-2 », pas « shooting guard » (avec deux o), pas « big guard », non « Combo guard ». Nuance.

La raison ? Le basket est un sport américain. Les Américains sont des gens précis en matière sportive et chaque geste, chaque moment, chaque personne possèdent son qualificatif. Et… les basketteurs français adorent employer se gargarisent de ce jargon. Les basketteurs comme les journalistes d’ailleurs. Ça fait classe, ça fait qui s’y connaît. Dans les cours de récré comme dans les dîners en ville. On en rajoute même. On ne dit pas « premier match » des playoffs, mais « Game 1 ». « Cinq majeur », ça fait ringard. Avec « Starting Five », on voit que vous avez de l’éducation.

Le risque, c’est que nous avons formé comme ça une sorte de petite secte. Bon, on ne lave le cerveau de personne, nous, alors disons une caste. Un peu comme les gens du marketing qui se sentent obligés de sortir une terminologie anglaise parce qu’en français, ça serait trop simple, trop populaire, trop compréhensible, pas assez « vendeur ».

Apprendre les subtilités du jargon du basket est une aventure passionnante pour ceux qui, par goût au départ de l’Amérique, de la NBA, du basket des colleges (sans accent grave sur le e, please !)s'y sont lancés. Je me souviens de mon émoi quand j’ai découvert ce que voulait dire « frosh », « soph », « junior » et « senior », « redshirt » et compagnie. J’étais Robert Langdon élucidant le Da Vinci Code.

C’est, à l’inverse, l’une des raisons principales, j’en suis persuadé, pour lequel notre sport n’est pas compris et apprécié du plus grand nombre. Trop subtil, trop américain.

A ceux qui ont envie de faire une petite révision, je conseille vivement ce glossaire que nous avions constitué il y a quelques années, ici.

Commentaires

1. Le 28 février 2008 à 09:29

Ah, la hype...

2. Le 28 février 2008 à 11:00

Oui va expliquer à ma grand mère ce qu'est un back-door....!!!

Je me souviens dans les années 90 des mots employés par les commentateurs quand ils parlaient de jordan : his airness... toute une époque.

C'est vraiment que pour les joueurs, les passionnés le language basket est comme notre langue de tout les jours et que pour un non adepte ce peut être difficile en suivant un match de les comprendre, mais au rugby aussi ils ont leurs mots à eux: qu'est ce qu'un caramel vient faire sur un terrain ;-)

3. Le 28 février 2008 à 16:18

par contre il y a un terme qui est devenu commun et employé dans tous les sports( meme à ton sport préféré ..le Rugbycon), c'est money time
on l'entends partout!
bientot en amour , on dira : "attention , on arrive dans le money time" c'est à quelle heure au Bois de Boulogne? lol

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