MADE-IN-NBA/ 27 janvier 2009 / 06:06

Année zéro



Ian Mahinmi
Je ne dis pas que la carrière de Ian Mahinmi est fichue. Il n’a que 22 ans depuis novembre. Je pense simplement qu’elle prend une vilaine tournure.

Ce week-end, la nouvelle est tombée sur les téléscripteurs Internet : Ian Mahinmi, le Français des San Antonio Spurs, est out jusqu’à la fin de la saison. Victime d’une entorse de la cheville droite cet été, il a longtemps patienté, espérant que l’inaction l’amènerait à la guérison. Mais le sang n’a jamais été complètement résorbé. Les Spurs l’ont envoyé consulter un spécialiste à Los Angeles. Au retour, le club a pris la décision de le faire opérer.

Pas très convaincants le staff médical des Spurs sur le coup ! Heureusement que ce ne sont pas les toubibs de l’équipe de France qui avaient pris en charge Mahinmi car sinon, les Américains auraient crié à l’incompétence… (alors, oui, ça me fait du bien de les tacler ;-)).

Récapitulons la carrière de Ian.

C’était un gros espoir du basket français au Havre, club de sa région (Ian est né à Rouen). En 2006, il rejoint Pau alors en Euroleague et qui va disputer le top-16. Logique. Seulement, il s’aperçoit que le niveau est super élevé (y’a plein de Ricains dans le Béarn cette année-là). Il n’aura joué que 203 minutes en 18 matches, marqué 3,7pts, tout en commettant beaucoup trop de fautes. Pas trop grave, il est encore très perfectible.

C’est là que tout se gâte (sauf pour ses finances). Les Spurs en avaient fait le 28e choix de la draft 2005. Et au lieu de le laisser encore en couveuse, à Pau, ou ailleurs en Europe, les Texans le font venir à demeure. Pour se rendre compte que le Français n’a pas (encore ?) les capacités nécessaires pour être compétitif en NBA. Il ne joue que 6 matches sous la tunique noir et argent et il est envoyé à Austin, en Ligue de Développement. Ligue de développement, laissez moi rire ! Il y a longtemps que l’on ne croit plus à ce genre de trompe l’œil, à ces mots vides de sens. Ian va produire des chiffres (ah ! que je déteste cette expression bidon), tournant à 16,8pts et 7,9rbds, mais il ne va pas apprendre, j’en suis certain, le quart de ce que lui aurait enseigné les Espagnols ou les Grecs, le jeu et ses ficelles.

Année zéro pour Ian Mahinmi donc… Dans le dernier BasketNews, Bogdan Tanjevic, coach de Fenerbahçe et de l’équipe nationale turque, s’emporte, « on a vu trop de jeunes joueurs partir en NBA pour ne rien y faire !(…) Pas de draft avant 23 ans ! » Je souscris à 100%. Il est temps de se rendre compte que le rêve NBA peut tourner au cauchemar. Et puis, les banquiers peuvent patienter un peu. Les plus riches clubs européens ont les moyens d’offrir des revenus "décents" de substitution !

Commentaires

1. Le 27 janvier 2009 à 11:18

Oui c'est dommage pour ce joueur qui a un vrai potentiel. Faire une saison blanche est toujours un gros pb, d'autant que je suis convaincu que dans une équipe comme les Spurs il aurait pu gratter du temps de jeu.

Sinon pour revenir sur le problème de ces jeunes joueurs qui partent très tôt pour la NBA, il y a beaucoup à dire et je pense qu'il faut prendre du recul. D'un côté, oui il serait préférable que ceux-ci bossent en Europe de préférence dans des équipes de haut niveau pour ne partir le cas échéant qu'avec un certain statut, chose qu'on fait pas mal d'autres joueurs comme Rudy, Calderon, Gasol, Kleiza, Stojakovic... Rares sont ceux pouvant réussir là-bas sans cela, hormis un gros talent, une équipe idéale pour commencer et un jeu fait pour la NBA (par ex Parker)...et encore on peut se planter.

Par contre il faut considérer un autre point : l'argent et la perspective de carrière. Un Ajinca par ex comme rookie a déjà un salaire que pas mal de joueurs de bonnes équipes d'euroligue n'ont pas. On peut dire ce qu'on veut, mais à 20 ans et avec la perspective de gagner tout de suite un beau magot, une carrière étant courte et pleine d'aléas on peut comprendre. Ensuite, quels sont les jeunes français susceptibles de jouer dans une grosse équipe européenne pour s'aguerrir? Pas convaincu qu'un Ajinca, Petro ou Mahinmi ait eu la possibilité de signer au PAO, au Real ou Sienne avec un vrai temps de jeu ni un salaire équivalent. Donc le choix est bien souvent dépourvu de vision évolutive, on passe de Pro A à NBA, mais parfois la possibilité de s'aguerrir n'existe pas tellement. C'est pour ça que l'an dernier j'étais plutôt favorable à voir un De Colo partir au Dynamo, ça ne s'est pas produit et tant mieux pour Cholet mais pour lui je ne sais pas si c'est positif.

De là je vois surtout un pb franco-français. Le niveau des clubs français en Europe est inexistant, dans le même temps les jeunes espagnols, grecs, serbes, lituaniens, etc ont accès au haut niveau en restant chez eux avant d'essayer de partir s'ils veulent. Et quand on ajoute le fait que nos jeunes jouent parfois très peu alors que la Pro A n'est déjà pas d'un niveau très fort... Un autre pb, la formation. Quand je vois les fondamentaux, le mental et la science du jeu des jeunes du Partizan ou de jeunes espagnols, il y a un fossé avec nos jeunes qui a de rares exceptions n'ont pas cela, ils sont très athlétiques et c'est à peu près tout.

Bref, pour régler ce pb il y a je pense bien plus à faire que mettre une barrière d'âge pour un départ. Que ce soit au niveau des clubs, de la formation, etc le chantier est vaste.

2. Le 27 janvier 2009 à 22:54

Pendant des années on s'est gargarisé sur notre formation grace aux résultats dans les championnats de jeunes et sur l'intéret que portait les franchises NBA sur nos jeunes joueurs.
Le réveil est aujourd'hui tres brutal car la NBA a acheté des kilos de muscles et des centimetres de détente seche pour des clopinetes (à part tony et boris).
d'autre part la domination athlétique des joueurs made in france est une chimere : on s'est fait ballader par des ukrainiens filiformes et marcher dessus par des turcs déja qualifiés ; non seulement les autres européens nous ont ratrappé dans la salle de muscu, mais en plus nous avons regressé au niveau de l'adresse, du leadership et de la grinta.
Ian Mahinmi est un pur produit de cette perversion, il sera millionaire en dollar sans doute bien avant trente ans mais il ne sera jamais un grand basketeur.

Vaut-il mieux être un sans grade NBA ou une icône dans le limousin ou le Béarn ?

3. Le 28 janvier 2009 à 06:19

L'exemple de Mahinmi est frappant : il y a en NBA de jeunes joueurs francais qui n'y jouent pas ou y font de la figuration alors qu'ils occuperaient un role majeur en Pro A (Petro, Gelabale, Ajinca, Diawara, Mahinmi). Dans le meme temps, les effectifs de beaucoup d'equipes de Pro A touchent a l'absurde, les joueurs francais y etant largement sous-representes (Rouen, par exemple, est absolument grotesque, avec 7 joueurs majeurs etrangers, qui pour la plupart quitteront l'equipe en fin de saison, a la recherche d'un meilleur contrat). Et ce n'est pas le retour, pour 1 ou 2 saisons, des vieux grognards de Sydney qui va y changer quelque chose.

4. Le 29 janvier 2009 à 20:40

Exact stemartin72. Tous ces Français cités qui servent de bouches-trous là-bas sont un peu trop obnibulé par les 3 lettres magiques forgés dans leur esprit à grand coup de Top 10 pendant leurs jeunes années.
Mais en tant que sportif de haut niveau, ne s'emmerdent t-ils pas? Je veux dire, un sportif normalement constitué est avant tout un compétiteur, qui veut faire gagner son équipe, avoir des responsabilités, des sensations d'adrénaline sur le terrain, se sentir progresser au fil des saisons, se sentir valorisé sur le terrain... exister en somme!
or ces Français là bas n'existent tout simplement pas, sauf au travers de lignes de stats faméliques ou de "DNP" déprimants.
Ces joueurs là s'éclateraient bien plus en Europe et ne verraient pas leur courbe de progression bloquée (voire régréssé pour certains, je pense là à Diawara) à seulement 20 et quelques années.

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