LES COULISSES DES MEDIAS/ 3 juin 2010 / 07:31

Du Minitel au blog (1ère partie)



auclert blog yahoo
Les plus anciens (+ de 30 ans) vont avoir des bouffées de nostalgie, les plus jeunes vont faire connaissance avec un objet révolutionnaire dans ces temps là, le Minitel ! Mais comme Fabrice Auclert est éclectique, il est ensuite passé à Internet –BasketUSA- et il rédige aujourd’hui un blog sur Yahoo où il fait vivre l’Extra Time.

Fabrice, c’est l’histoire d’un passionné de NBA qui s’est pris en mains pour devenir journaliste et vivre –un temps- de son rêve de gamin, avant de bifurquer vers d’autres espaces.

Vous allez réellement pénétrer dans les coulisses. D’ailleurs, même si j’ai (nous avons) collaboré à l’époque avec 3615 Basket USA (création de la première fantasy league française sur 3615 MaxiBasket), j’ai appris des choses dans cette interview qui est en quatre parties (un record !).

Tu as fait tes débuts sur le 3615 BasketUSA. Raconte nous ce temps des pionniers. Comment vous alliez chercher l’info sur la toile alors qu’Internet était réservé à une élite, et combien le Minitel a eu de l’impact sur les fans du basket du milieu des années 90 ?

Je ne sais pas si on était des "pionniers". Pour moi, les véritables pionniers sont Maxi Basket et Sport Action pour le papier, et George Eddy pour la télé. Ce sont eux qui ont donné l'envie à beaucoup de faire du basket et de suivre la NBA. En revanche, pour suivre de manière régulière l'info de la NBA, c'était compliqué. Soit on attendait un mois la sortie de son magazine préféré. Soit on lisait USA Today avec un jour de décalage. Ou... on allait sur 3615 BasketUSA. Un jour, une petite annonce en page d'accueil du Minitel. Je postule, je suis pris, et je découvre l'autre côté du miroir : les débuts d'Internet avec Compuserve avec les box-scores et les recap' de matches à aller chercher sur les serveurs des agences de presse ; des bases de données complexes qu'il faut remplir à la main parfois ; des exigences typographiques puisque le Minitel propose un nombre de lignes et de caractères bien définis. De vraies contraintes qu'on n'imagine pas lorsqu'on se connecte en tant que "lecteur".

Pour moi, c'est magique. Avec Cyril Papot, passé ensuite à Maxi Basket (MVP), on est la première source d'info pour des centaines de fans, voire des milliers. Mais la mise en ligne d'un article est un parcours du combattant. Les serveurs étaient en Corse. On se connectait avec un modem 14.4 puis 28.8 K. Je faisais 150 km par jour, 6 jours sur 7. Lever à 4h30 pour être à 5h45 au bureau. Au final que de bons souvenirs, comme les Finals regardées et commentées en direct sur Minitel...

J'ai apprécié cette époque car :
1- j'apprenais mon métier (formation en parallèle au CFJ),
2- j'étais au coeur de la NBA, une passion devenue un métier,
3- on était partout puisque notre contenu était repris sur Minitel par Canal+, 5 majeur, la NBA et... Maxi Basket.
4- c'était les débuts d'Internet, et on n'était qu'une poignée à le "maîtriser". Le navigateur s'appelait Mosaic, et les fournisseurs d'accès étaient Compuserve donc ou Infonie. Ce n'était qu'il y a 15 ans mais ça semble préhistorique. Tout était par abonnements. Il n'y avait pas de portail généraliste. Les moteurs de recherche étaient "vides". Pas de Google News comme aujourd'hui. On fonctionnait comme une rédaction classique avec des dépêches qui tombent, sauf qu'on utilisait Internet pour les récupérer.

Si impact il y a eu sur les fans, je pense que c'est dans l'arrivée de la NBA dans le quotidien. C'était annonciateur d'Internet même si pour les plus jeunes, cela peut sembler incroyable de comparer les deux. En même temps, il ne faut pas croire qu'il y avait des dizaines de milliers de gens qui se connectaient chaque jour. La cible était jeune, et le Minitel coûtait très, très cher. Mais je pense qu'on a effectivement été les premiers à faire de l'info NBA au quotidien. (On faisait aussi d'ailleurs la NFL en même temps...).

Ensuite, à partir de 1996, c’est Internet avec Basketusa ?
Notre employeur a rapidement compris que le vent allait tourné. Les connexions sont en baisse. Il n'y a pas encore d'équivalent sur Internet mais il est important d'y arriver les premiers. Donc, avec les moyens du bord, on lance la version .com. C'est une vitrine car on ne veut pas cannibaliser le Minitel. J'y apprends des notions de développement. Je découvre l'importance des moteurs de recherche. Comment se faire connaître ? Et puis surtout, pour mon patron de l'époque, comment gagner de l'argent ?

Là, où le web gagnait 20 centimes, le Minitel faisait gagner 200 Francs. Il y avait des alternatives : les Sms ou les numéros surtaxés. On enregistrait les news sur un serveur, et les gens téléphonaient pour les écouter.

La véritable bascule se fait en 1999. L'année du lock-out. Comme la presse basket, la grève nous flingue, et le Minitel disparaît. A titre personnel, je suis passé journaliste informatique puisque Basket USA ne rapporte plus rien. Mais... sur Internet, la version web marche. On est à 5 000 visites par jour. Pour l'époque, c'est énorme. Mon patron décide d'en profiter pour le vendre. On rejoint alors le réseau Sportal. A l'époque, l'Equipe.fr débarque à peine, et Sportal est un énorme réseau. Moi, je gère Basket USA comme pigiste, et c'est Benjamin Adler (à mes côtés depuis 1997) qui est engagé en interne. Et Sportal est épaté des résultats : Basket USA, donc la partie US du basket sur ce site, a la 3ème audience de leur réseau ! On atteint même 10 000 visites par jour sans être forcément mis en valeur sur leur site qui mise d'abord sur le foot et le rugby, ou la Formule 1. (Basket USA au temps de Sportal, c'est ici.) Puis, 2001, le 11 septembre. La bulle Internet explose. Sportal disparaît. Entre temps, j'ai rejoint le Groupe Tests (aujourd'hui Next radio TV) comme journaliste informatique. Donc, c'est un coup d'arrêt énorme mais j'avais assuré mes arrières. Une question ? Que faire de BasketUSA? Je décide de le racheter un euro symbolique, et de le continuer avec les moyens du bord.

La suite demain.

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