DES NOUVELLES DU MONDE/ 28 juillet 2012 / 07:06
Alexandre Belov, ce héros (3)
Par maxiboy

Pas question d’avoir des confidences des joueurs soviétiques, y compris après cette soirée triomphale. Cette finale de Munich a longtemps été vue et analysée du côté américain avec l’amertume qui va avec. Le temps a fait son œuvre. L’URSS a été désintégrée. Les journalistes peuvent désormais faire des rétros en recueillant les témoignages des ex-héros de l’Union Soviétique. La chaine Bloomberg en a fait une dernièrement tout à fait remarquable et l’on y apprend plein de choses.
En 1977, le journaliste Anatolie Pinchuk expliquait qu’une équipe nationale soviétique était au croisement de trois styles : la défense sans complaisance des Russes, la préparation et la discipline des Baltes (c’est vrai que l’on repèrera plus tard ceux-ci à leur talent offensif inouï) et l’improvisation offensive des Géorgiens. Six pays d’aujourd’hui étaient représentés dans l’équipe de 1972 : Biélorussie, Georgie, Kazakhstan, Lituanie (avec le seul Modestas Paulauskas), Russie et Ukraine.
Le leader des Soviets était le meneur Sergueï Belov, 1,90m, qui sera reconnu en 1991 comme le meilleur joueur de l’Histoire de la Fédération Internationale (Arvidas Sabonis, Drazen Petrovic et Co étaient encore en activité). Lorsqu’il était ado, Belov, qui était originaire de Sibérie, vénérait les stars de la NBA comme Jerry West. Voilà le type d’info que les agents du KGB n’auraient pas laissé divulguer durant sa carrière ! Sergueï fut également l’âme du CSKA Moscou.
Son homonyme Alexandre Belov grandit dans la cosmopolite Leningrad et intégra le Spartak. Il faisait 2,03m et possédait de grands bras et une superbe détente. Il pouvait dit-on sauter d’un pied sur une table sans élan (vous allez me dire, c'est plus ou moins impressionnant suivant la hauteur de la dite table). C’était un fan du chanteur Tom Jones (entendre ici). Bon, chacun ses goûts ;-) Son père était décédé alors qu’il n’avait que 17 ans et c’est Vladimir Kondrashine qui devint son tuteur. D’ailleurs Alexandre vécut plusieurs années chez les Kondrashine. Ça créé des liens ! Alexandre Gomelski et le CSKA Moscou cherchèrent longtemps à recruter le prodige « je te ferai voyager immédiatement en Europe… Je te donnerai un appartement… » mais par fidélité celui-ci refusa systématiquement.
A cette époque Sergueï Belov était payé 300 roubles par mois (soit deux fois le salaire moyen d’un travailleur soviétique) et toucha une prime de 1,500 roubles pour le titre de champion du Monde gagné en 1967. Le triomphe de Munich en vaudra le double aux Soviétiques, et plusieurs avantages en nature comme de pouvoir disposer de Zhiguli et de Volga, des voitures réservées aux dignitaires du parti. Et de bénéficier d’une énorme notoriété. Un jour Alzhan Zharmukhamedov fut reconnu par un policier alors qu’il venait de fracasser sa nouvelle Volga contre un camion. « Zharmukhamedov, vous devez prendre soin de vous. Qui vous remplacera dans l’équipe s’il vous arrive quelque chose ? » demanda le flic.
Alexandre Belov était adulé et lorsqu’ils se rendaient au théâtre, ce sont les acteurs qui le suivaient dans la rue ! Une riche héritière américaine le demanda en mariage. « Il lui a donné rendez-vous mais sans se voir de trop près. Un agent (du KGB) les suivait continuellement » raconte Ovchinnkova, qui se maria elle pour de bon avec Alexandre en 1977.
Trois ans après les JO de Munich, Red Auerbach, le patron de la franchise, invita Belov a devenir un Celtic.
Ce sont les New Orleans Jazz qui en firent le… 161e choix de la draft. Un événement, c'était le 1er Soviétique à être ainsi distingué. « Je pensais ainsi que j’aurais les droits sur l’un des meilleurs basketteurs du Monde, simplement au cas où la guerre froide prendrait fin » raconte Bill Bertka, GM des Jazz. "Nous allons envoyer Henry Kissinger (le secrétaire d'Etat des présidences Nixon et Ford) pour le signer" plaisanta t-on aux Jazz.
Alexandre Belov n’eut jamais l’aval des autorités soviétiques pour quitter son pays. Ce n’est que dix ans plus tard que le premier joueur d’un pays de l’Est, le Bulgare Georgi Glouchkov, put rejoindre la ligue américaine.
A la fin de sa vie, Belov était devenu dépressif et picolait exagérément. Un temps mis à l’écart, il fut réintroduit dans l’équipe nationale qui se préparait pour le championnat du Monde 1978, prévu en octobre. Il ressentit alors une douleur à la poitrine, devint faible, et fut hospitalisé en juin. En août fut diagnostiquée une forme rare de cancer. Il décéda le 3 octobre 1978 à l’âge de 26 ans. L’une de ses dernières volontés fut d’offrir sa médaille d’or de Munich à son coach Vladimir Kondrachine.
Actuel patron de Team USA, Jerry Colangelo raconte ce qui est davantage qu’une anecdote, un point d’Histoire du basket. En juin 1969 l’équipe nationale soviétique, avec en son sein le prometteur Alexandre Belov, 17 ans, séjourne à Phoenix pour affronter les rookies des Suns. Belov est pris en flagrant délit alors qu’il tente de piquer des jeans Levi’s dans un magasin! Une denrée que l’on ne trouve pas en URSS et qui fut longtemps au cœur des échanges avec les joueurs occidentaux qui récupéraient de leur côté quelques boîtes de caviar. Colangelo, alors general manager des Suns, est contacté par la police et il les persuade de ne pas poursuivre le joueur pour éviter un incident diplomatique. On mettra la tentative de vol sur le compte de l’incapacité de Belov à parler anglais !
Sans ce geste, la carrière internationale de Alexandre Belov se serait achevée très rapidement et il n’aurait jamais été un héros de l’Union Soviétique.
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En complément, toujours à propos de l'URSS, j'ai reçu ce mail et cette photo de Daniel Champsur l'archiviste de la FFBB:
"Votre post (voir ici) m’a rappelé une photographie de Thomas Jorion (voir ici), un artiste qui s’est intéressé, notamment, à une autre ancienne base soviétique. Suite à un échange avec lui, j’avais diffusé cette photographie:"






Commentaires
1. Le 7 août 2012 à 03:08
2. Le 17 mai 2013 à 04:06